21.
Mardi 9 janvier
Je suis enfin retourné dans notre propriété de Curzay. C’est peu dire que le cœur me battait. Je n’avais plus vu la maison depuis l’arrestation de mes parents. J’ai toujours évité d’y revenir par peur de réveiller mes absents et de rentrer chez moi plus esseulé encore.
Je suis parti avant l’heure pour le cas où quelques détours allongeraient le voyage. Il dégèle depuis jeudi. Un temps gris et baveux. Pour une fois que je sors, le soleil aurait pu montrer un œil ! Je prends une petite route pour rejoindre la Charente. Arrivé à Curzay, je cherche l’endroit où Clovis avait son embarcadère. Les abords du fleuve ont changé et le sentier a disparu dans la verdure. Dommage ! Je serais bien remonté par le sous-bois jusqu’à la porte de fer à l’arrière du jardin.
Je reprends mon approche buissonnière. J’ai bien fait de me ménager cette étape, car mes appréhensions se dissipent pour disparaître complètement quand je fais face au portique. Je revois notre demeure derrière la grille. Est-ce à cause de l’hiver ? Je la sens plus minérale, plus carrée sur ses bases que dans mon souvenir. Je regarde avec plus d’attention. Quelques arbres manquent. Ainsi ce cerisier du japon qui enneigeait notre patio de flocons roses à chaque printemps. La glycine elle aussi a disparu. C’était la plus belle du pays ! Il fallait la voir étreindre la maison, la draper, lui donner des floraisons d’amoureuse.